Trucs et astuces pour améliorer l’examen clinique

Pr Douglas S. Paauw

Auteurs et déclarations

17 janvier 2022

Rien de mieux pour débuter l’année que se remémorer ces années lointaines où l’examen clinique du patient était au centre de sa prise en charge et de son traitement. Pourquoi ce n’est plus le cas aujourd’hui ? Parce que la sémiologie clinique n’est plus la pierre angulaire de la formation des jeunes médecins, selon le Pr D ouglas Paauw , directeur du programme des étudiants en médecine de l’université UWMC-Roosevelt (É.-U.) . D’où l’idée de partager des trucs et astuces qu’il a acquis au long de sa carrière et que vous pourriez inclure dans vos prochaines consultations.

Examiner la gorge sans abaisse langue

Appliquer les méthodes apprises à la fac pour examiner la gorge - « faites Aaaaaah » et utiliser un abaisse-langue bien désagréable – fonctionne la plupart du temps. Mais pour les enfants, un peu moins... C’est pour cette raison qu’en stage de pédiatrie, on m’a appris à demander aux enfants de rugir « comme un lion ». Avec un bon éclairage antérieur, j’ai toujours pu avoir un bon aperçu de leurs amygdales et de la paroi postérieure du pharynx. Si la proposition fonctionne bien avec les enfants, les adultes sont souvent surpris de la demande. J’ai donc plutôt tendance à leur demander de bailler bouche ouverte. Dans mon expérience, cette technique permet une bonne visualisation de la gorge chez la moitié environ des patients.

Percussion et auscultation simultanée des épanchements pleuraux

Guarino et coll. ont décrit une technique facile à maîtriser et très efficace pour détecter la présence d'épanchements pleuraux. [1] Elle consiste à placer le stéthoscope 3 cm sous la première côte, en prenant comme repère la ligne médiane de la clavicule, et de tapoter l’hémithorax en remontant jusqu’à la première côte.

En l’absence d’épanchement, le bruit reste constant, se majorant seulement à la percussion de la côte la plus apicale. En présence d’épanchement, le bruit semble « étouffé » jusqu’au sommet de la zone liquidienne.

Cette méthode s'est révélée remarquablement efficace pour détecter les épanchements pleuraux dans ma pratique. Dans son étude, Guarino a conclu à une sensibilité de 96 % et une spécificité de 100 % de cette technique. [1]

Détecter une anémie sans bilan biologique

L’ongle est le bon reflet du taux d’hématocrite d’un patient. Si vous connaissez votre propre valeur de cette mesure relative du volume des globules rouges, il est alors aisé de comparer la couleur de votre lit unguéal à celle du patient que vous avez en face de vous. Un apprentissage facile et particulièrement utile en l’absence de laboratoire d’analyse médicale de proximité. Cette technique est moins applicable aux patients à peau colorée qu’aux ethnies à peau claire.

D’où ma seconde proposition : examiner la coloration interne de la membrane conjonctive de la paupière inférieure. Plus l’hématocrite est élevé, plus la conjonctive sera colorée puisque, du fait de sa transparence, elle offre une « fenêtre » sur les nombreux capillaires de la paupière. Plus le patient est anémié, plus la conjonctive sera pâle.  

Strobach et coll. ont comparé l’intérêt de l’examen du lit unguéal et celui de la conjonctive inférieure et ils ont conclu à une valeur diagnostique similaire sur le degré d’anémie. [2]

Rechercher un hippocratisme digital

La plupart des médecins devraient connaitre « le signe de Shamroth ». Concrètement, il consiste à coller les premières phalanges de ses index l’une contre l’autre, ongle contre ongle (comme si vous mimiez un cœur avec vos doigts), puis d’observer le petit espace entre les ongles : il est en forme de losange en l’absence de pathologie pulmonaire. La perte de cet espace peut être le premier signe de la survenue d’un hippocratisme digital le plus souvent en lien avec une affection respiratoire sous-jacente. 

Pour mettre en évidence un hippocratisme digital débutant, je vous propose aussi d’examiner le doigt de profil. Si l’épaisseur de la phalange distale est supérieure à celle de l’articulation interphalangienne distale, alors il est possible d’affirmer qu’il existe un hippocratisme digital avant même qu’il soit cliniquement évident. [3]

Résumé des trucs et astuces

  • Pour éviter de se servir d’un abaisse-langue pour examiner la gorge d’un patient, faîtes-le « rugir » ou bailler.

  • Combinez la percussion et l’auscultation pour mettre en évidence des épanchements pleuraux.

  • En se fondant sur votre propre valeur d’hématocrite, diagnostiquez une éventuelle anémie en comparant la couleur de votre lit unguéal avec celui d’un patient.

  • Examinez des doigts de profil pour détecter un hippocratisme digital débutant.

 

Cet article a été originalement publié sur medscape.com le 6 janvier 2021.

 

Suivez Medscape en français sur Twitter.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....