Cancer colorectal avancé : pas de bénéfice de la chimiohyperthermie intrapéritonéale

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

15 juin 2018

Chicago, Etats-Unis Depuis plus de 20 ans, la chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale (CHIP) est proposée dans le traitement des carcinoses péritonéales – des tumeurs métastatiques présentes chez approximativement 20 % des patients atteints de cancers colorectaux avancés.

L’idée est de compléter la résection complète de la carcinose par une chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale pour détruire la maladie résiduelle. Ainsi, la chimiothérapie « baigne » toutes les parois et les organes dans l’abdomen et la chaleur permet de tuer des cellules cancéreuses et d’augmenter la pénétration de la chimiothérapie.

Toutefois, jusqu’ici, aucune preuve solide de l’intérêt de la CHIP en sus de la chirurgie n'avait été apportée.

Les résultats de PRODIGE 7, le premier essai randomisé à avoir questionné la place de la chimiothérapie hyperthermique dans cette indication, apportent enfin une réponse.

Ils ont été présentés au congrès de l'ASCO 2018 par le Dr François Quenet (Institut régional du cancer, Montpellier)[1,2].

Dr François Quenet

 « Quand cette approche a été introduite il y a plus de 15 ans, elle était le seul traitement efficace des tumeurs de l'abdomen, mais nous ne savions pas dans quelle mesure la chimiohyperthermie était une composante essentielle du traitement », note l'oncologue français. « Il s'agit du premier essai randomisé évaluant le rôle de cette chimiothérapie particulière dans le cancer colorectal avancé, et il montre qu'il n'apporte pas de bénéfice en sus de la chirurgie », a-t-il-expliqué.

Entre février 2008 et janvier 2014, l'essai PRODIGE 7 a inclus 265 patients atteints d'un cancer colorectal de stade 4 avec carcinose péritonéale et sans autres métastases dans le corps (« Peritoneal cancer index » ≤ 25). Les patients, suivis dans 17 centres français, ont été randomisés pour recevoir la chirurgie plus la chimiohyperthermie intrapéritonéale (oxaliplatine) ou la résection complète seule. En tout, 96 % des patients ont également reçu une chimiothérapie systémique avant la chirurgie, après ou avant et après. Le choix de la chimiothérapie systémique a été laissée à la discrétion du médecin.

 
Nous ne savions pas dans quelle mesure la chimiohyperthermie était une composante essentielle du traitement Dr François Quenet
 

Deux fois plus de complications à 60 jours avec la CHIP

Après un suivi moyen de 64 mois, la survie globale moyenne était de 41,2 mois dans le bras chirurgie seule versus 41,7 mois dans le bras CHIP + chirurgie (non statistiquement significatif ; RR = 1, IC 95%: 0,73-1,37 ; p = 0,995). Et la survie sans progression était similaire entre les deux groupes : en moyenne 11,1 mois dans le bras chirurgie seule versus 13,1 mois dans le bras CHIP + chirurgie (RR = 0,90, IC 95% : 0,69-1,90 ; p = 0,486).

Le taux de mortalité globale 30 jours après la chirurgie était de 1,5 % dans les deux bras et aucune différence significative n'a été observée entre les deux bras en termes de complications à 30 jours. A 60 jours, en revanche, le taux de complications de grade 3 à 5 dans le bras CHIP + chirurgie était presque doublé par rapport au bras chirurgie seule (24,4 % vs 13,6 %).

Enfin, les patients étaient hospitalisés en moyenne 5 jours de plus dans le bras chimiothérapie hyperthermique.

« La surprise que nous avons eu est que la survie du bras sans chimiohyperthermie intrapéritonéale était bien plus haute qu'attendue. Notre hypothèse était qu'elle aurait due être autour de 30 mois et elle est de plus de 41 mois. C'est ce qui rend l'étude négative car cela annule la différence entre les deux bras. C'est une bonne nouvelle pour les patients parce que l'on va continuer de les opérer pour obtenir ces relativement bons résultats mais sans la toxicité de la chimiohyperthermie péritonéale », a commenté le Dr Quenet pour Medscape édition française.

Une place pour la CHIP pour certains patients ?

Une analyse de sous-groupe a suggéré que la chimiohyperthermie pourrait être bénéfique pour un sous-groupe de patients avec une maladie de moyenne intensité, mais la taille de l’échantillon de patients était insuffisante pour tirer des conclusions définitives.

« Pour les toutes petites carcinoses, la CHIP ne semble pas utile, pour les très grosses, la maladie est probablement trop évoluée pour que la méthode soit efficace mais pour ces patients médians, il semble intéressant de poursuivre les investigations pour être sûr qu'ils puissent en bénéficier », a souligné le Dr Quenet.

En conclusion, le Dr Quenet a alerté sur l’importance de la qualité de la chirurgie pour optimiser les résultats. « Si on enlève la chimiohyperthermie, le danger est que les patients soient opérés dans centres moins spécialisés. Or, c’est la qualité de la chirurgie qui fait le résultat pour les patients », a-t-il expliqué à Medscape édition française.

 
Pour les toutes petites carcinoses, la CHIP ne semble pas utile, pour les très grosses, la maladie est probablement trop évoluée mais pour ces patients médians, il semble intéressant de poursuivre les investigations Dr Quenet
 

 

Promue par Unicancer, l’étude a été financée par le Ministère de la santé dans le cadre des Programmes hospitaliers de recherche clinique (PHRC) et par La Ligue nationale contre le cancer.

Le Dr Quenet n’a pas de liens d'intérêt avec le sujet.

 

 

 

 

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