Effondrement des prescriptions de digoxine chez l'insuffisant cardiaque

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

4 mars 2016

Etats-Unis -- En 10 ans, les prescriptions de digoxine chez les patients insuffisants cardiaques hospitalisés se sont effondrées aux Etats-Unis, selon une étude observationnelle menée par l’American Heart Association (AHA) [1]. Fraction d’éjection préservée ou basse, en fibrillation auriculaire ou pas, la tendance est la même.

Est-ce dû à l’image obsolète du médicament ? A l’arrivée de nouveaux traitements ? A la publication d’études aux résultats contradictoires ? Est-ce cliniquement pertinent ? Autant de questions que posent Nish Patel et coll. (Etats-Unis) dans cette vaste étude de registre publiée dans le JACC et que commente le Pr Alain Cohen Solal (Chef du service de Cardiologie de l'hôpital Lariboisière, Paris) dans un autre article.

Globalement, les dossiers de 117 761 patients hospitalisés pour une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection basse et de 138 140 patients hospitalisés pour une insuffisance cardiaque à faction d’éjection préservée ont été analysés à partir du registre de bonne pratique américain « Get With the Guidelines-HF registry » entre janvier 2005 et 2014.

Le programme « Get with the Guidelines » de l’AHA a pour objectif d’évaluer l’adhésion aux recommandations de bonne pratique des centres hospitaliers américains adhérents dans les domaines de l’AVC, des maladies coronariennes et de l’insuffisance cardiaque. Depuis 2005, le GWTG-HF-registry a colligé prospectivement les données de centaines de milliers de patients hospitalisés pour une insuffisance cardiaque auprès de 398 hôpitaux membres.

Une baisse relative des prescriptions de 68 % en 10 ans en cas de FEVG réduite

Le résultat le plus saisissant de l’étude est la baisse rapide des prescriptions de digoxine chez les patients avec fraction d’éjection réduite au cours des dix dernières années. Entre 2005 et 2014, les prescriptions de digoxine à la sortie de l’hôpital sont passées de 33 % à 11 % (p<0,0001), soit une baisse relative de 68 %.

Une tendance significative quels que soient l’âge, le genre, l’ethnie, la région géographique et la présence ou non d’une fibrillation auriculaire. A noter : 30,5 % des patients avec FEVG réduite étaient en FA.

Les facteurs associés à la prescription de digoxine chez les patients avec fraction d’éjection réduite étaient :
- la fibrillation auriculaire (RR=2,14, IC 95% : 2,02 à 2,28],

- la présence d’un défibrillateur implantable (RR=1,39, IC 95% : 1,32 à 1,46),

- une BPCO (RR=1,13, IC 95% : 1,08 à 1,18),

- un diabète de type 2 (IC 1,1, IC 95% : 1,06 à 1,14),

- le jeune âge (RR=0,96, IC 95% : 0,95 à 0,97),

- une pression artérielle basse (RR=0,96, IC 95% : 0,96 à 0,97)

- l’absence d’insuffisance rénale (RR=0,91, IC 95% : 0,85 à 0,97).

A l’inverse, les chercheurs ont observé une moindre utilisation de la digoxine chez les patients âgés, insuffisants rénaux, hypertendus, tabagiques, atteints de cardiomyopathies ischémiques et d’anémie.

« Ces résultats montrent que la digoxine est évitée chez les patients pour lesquels sa toxicité pourrait être la plus importante et qu’elle est réservée aux patients qui pourraient en bénéficier le plus », indiquent les auteurs.

En parallèle, bien que l’utilisation de la digoxine soit significativement moindre chez les patients avec une fraction d’éjection préservée, la baisse du nombre de prescriptions est également significative dans ce groupe : de 9,8% en 2005 à 2,2% en 2014 (p<0,0001) chez les patients en rythme sinusal et de 27,5% en 2005 à 10,6% en 2014 (P<0.0001) chez les patients en FA. Chez les patients avec FEVG préservée, 38,5% des patients étaient en FA.

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